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Le Monde Des Phasmes (1993) n° 24 p. 12-20.
(ISSN 1152-9911)

Nouvelle découverte de plusieurs gynandromorphes de Clonopsis gallica (Charpentier, 1825)

Philippe Lelong

Le Ferradou n° 3, 31570 SAINTE FOY D'AIGREFEUILLE, FRANCE

 

Actuellement, il n'y a que sept "mâles" de Clonopsis gallica (Charpentier, 1825) répertoriés dans la littérature. Ces "mâles" sont excessivement rares et la probabilité d'en rencontrer un dans la nature est très faible, on peut estimer que le taux est de moins d'un "mâle" pour plusieurs milliers de femelles. Cette rareté s'explique, par le fait qu'il ne s'agit pas en réalité de mâles au sens strict du terme mais de gynandromorphes, c'est à dire des femelles plus moins masculinisées. Ces individus apparaissent de temps à autre généralement à la suite d'un incident génétique.

Les sept spécimens furent décrits, ou simplement mentionnés, par les auteurs suivants : Bolivar (1876), Brunner von Wattenwyl (1882), Finot (1889), Pantel et De Sinéty (1908), Bérenguier (1909), Cappe de Baillon et De Vichet (1935).

Trois nouveaux gynandromorphes viennent d'être trouvés récemment dans la nature et font l'objet de cet article. Ces trois individus proviennent de la région Toulousaine, le premier a été trouvé en 1987 et les deux autres en 1993.

Caractères sexuels secondaires

Avant d'aborder la description des gynandromorphes de Clonopsis gallica, il apparaît utile d'indiquer les caractères secondaires mâles et femelles de cette espèce. Ces caractères étant les plus évidents pour la distinction des sexes.

ª La taille des femelles est de 65-70 mm de longueur, les mâles sont plus petits (la longueur dépend surtout du degré de masculinisation).

ª La longueur des antennes des femelles est de 3,5-4 mm, celles des mâles sont plus longues.

ª La surface du tégument des différents thorax est granuleuse chez les femelles et parfaitement lisse chez les mâles.

ª La pigmentation des tergites et sternites, des méso- et métathorax est unicolore chez la femelle alors que chez le mâle il y a, sur chacune des parties sur les 3/4 de longueur des segments, deux lignes longitudinales, l'une médiane et verte, l'autre latérale et rouge.

ª La structure anatomique des trois derniers segments abdominaux :

Chez la femelle :

  • Le 8ème sternite porte la plaque sous génitale, celle-ci se prolongeant jusqu'au 10ème segment, elle est entière et pointue à son extrémité. Le 9ème sternite porte les valves inférieures et supérieures de l'oviscapte. Le 10ème sternite porte deux cerques trapus, coniques et terminés en pointe. Sur la partie dorsale, le 10ème tergite est très légèrement échancré et est terminé par deux lobes larges et arrondis.
  • Chez le mâle :

  • Le 8ème sternite ne porte rien, c'est le 9ème sternite qui porte la plaque sous génitale, elle est divisée en deux parties égales renflées et arrondies, les organes génitaux externes sont aussi sur ce segment. Le 10ème sternite porte deux cerques fins, cylindriques et arrondis à leur extrémité. Le 10ème tergite est fortement échancré à l'apex et est prolongé par deux lobes en pointe vers l'extérieur.
  • Observations sur les sept premiers gynandromorphes déjà décris

    Une monographie décrivant plus ou moins bien chaque individu est présentée dans l'article de Cappe de Baillon et De Vichet (1935). Les principales lignes de cet article présentant chaque individu sont reprises ci-après.

    Le premier "mâle" de Clonopsis gallica fût décrit par Bolivar en 1876. Il en ressort qu'il ne s'agissait que d'un jeune individu très peu masculinisé et ayant donc plutôt l'apparence générale d'une femelle, il n'est donc pas intéressant de développer la description de ce spécimen.

    Le deuxième fût trouvé par Yersin à Hyères et décrit par Brunner von Wattenwyl en 1882, puis repris plus tard par Pantel en 1890 et Brunner von Wattenwyl et Redtenbacher en 1908. Mais il s'agissait là aussi que d'un jeune très peu masculinisé et donc aussi sans intérêt.

    Le troisième fût décrit par Finot en 1889 et repris par Pantel en 1890, Finot de nouveau en 1895 puis Chopard en 1918. Cappe de Baillon et De Vichet reprennent la description et concluent : } L'insecte est un gynandromorphe à caractères mâles prédominants, mais offrant d'autre part des caractères femelles incontestables, tels que la présence de granulations sur le côté droit du mésonotum et des troisième et quatrième segments abdominaux, l'existence d'une valvule inférieure de l'ovipositeur sur le huitième sternite et d'ébauches de valvules supérieures sur le neuvième, la conformation femelle du lobe terminal gauche du dixième tergite, etc. L'exemplaire de Finot n'est donc pas un mâle authentique du Clonopsis gallica.~ .

    Le quatrième capturé par Ch. Delval en 1900 en Charente-Maritime fût décrit par Pantel et De Sinéty en 1908. Les auteurs disent eux-mêmes : } Il s'agit d'un gynandromorphe "où la tendance à l'organisation masculine l'emporte sur la tendance opposée, bien que les caractères féminins y soient très nets sur toute une moitié du corps "~ .
    Mais en dépit de l'importance de la partie femelle sur presque toute la partie droite, il ne s'agit pas d'un gynandromorphe bipartie. Car certains caractères manquent ou ne sont pas répartis de chaque côté en fonction du sexe; par exemple les deux cerques chez cet individu sont femelles en raison de leur forme. Une fois de plus cet individu est loin d'être un "mâle" parfait.

    Le cinquième et le sixième ont été capturés par Bérenguier dans le département du Var, au même endroit (Clos Oswald), à un an d'intervalle, jour pour jour le 03 juillet 1908 et le 03 juillet 1909. Seul le premier fût décrit en 1908 (Bérenguier, 1909a). Chopard en 1920 étudia avec soin ces deux individus et en arriva à la conclusion suivante : } J'ai constaté, que l'un d'eux était un mâle parfait, à l'extrémité abdominale absolument symétrique, tandis que l'autre présentait une légère asymétrie du 10ème tergite abdominal; de plus, son 8ème sternite montre un lobe très peu développé, peu visible, mais représentant incontestablement un rudiment d'oviscapte. Bien que ses caractères soient beaucoup moins nets, il s'agit d'un individu comparable à l'hermaphrodite de la même espèce existant dans la collection Finot et que j'ai décrit récemment ~ .
    Donc, des deux mâles découverts par Bérenguier, l'un (celui de 1909) serait comme les précédents, un gynandromorphe à caractères mâles prédominants, et l'autre (celui de 1908), serai un mâle "pur". Or, ce mâle (de 1908) a quelques granulations sur le métanotum; elles sont localisées à la base du segment et sont surtout abondantes à gauche, ces granulations étant le reflet de l'existence de zones à caractère femelle. Le mâle de 1909 a, quant à lui, le mésonotum et surtout le métanotum granuleux sur toute leur moitié droite; la moitié gauche, au contraire, est lisse et porte les deux bandes colorées ordinaires à savoir : la bande verte et la bande rouge, lesquelles semblent être caractéristiques du sexe mâle. Quant au métasternum, il est lisse à gauche et granuleux à droite. Le mâle de 1908 a les fémurs antérieurs inermes. Les fémurs intermédiaires portent, sur leurs carènes inférieures, deux grandes épines en avant, une petite et une grande en arrière; les fémurs postérieurs : une grande épine de chaque côté. Le mâle de 1909 a également les fémurs antérieurs inermes, les fémurs postérieurs offrent deux grandes épines en avant et une grande en arrière. Sur ces observations de Cappe de Baillon et De Vichet, il est aisé de constater que les deux mâles ont tout de même certains caractères femelles (granulations sur les thorax par exemple). En conséquence, tous deux sont des gynandromorphes.

    Le septième a été obtenu en élevage par De Vichet en 1934 à Néffies dans l'Hérault, parmi de nombreuses femelles un mâle est apparu, mais il n'y a jamais eu de tentatives d'accouplement observées. Chez ce mâle il existe une asymétrie très nette des deux lobes terminaux du dixième tergite. De plus, il a sur la face ventrale une excroissance étant très certainement un rudiment d'une valvule de l'ovipositeur (Cappe De Baillon et De Vichet, 1935). Ce mâle est très similaire à celui de 1909 de Bérenguier, même du point de vue des dimensions (voir tableau n° I). Mais lors de la dissection, il s'est révélé que l'appareil génital n'était pas correct, les deux testicules n'étaient pas matures (or les appareils génitaux de mâles d'espèces bisexuées produisent des spermatozoïdes avant que les mâles ne soient devenus adultes (Cappe De Baillon et De Vichet, 1935)) et le canal déférent droit avait plutôt l'aspect d'un oviducte. En conclusion, le mâle de Néffies est, comme les six précédants, un gynandromorphe.
    A la lecture de la description rapide des ces sept individus, il ressort qu'il n'y a pas un seul "mâle pur", car à chaque fois il y a présence simultanément de caractères mâles et femelles, ceci est surtout facile à constater au niveau du thorax par l'apparition systématique de plaques granuleuses plus ou moins importantes. Comme pour toutes les espèces se reproduisant par parthénogenèse ces gynandromorphes ne sont pas fonctionnels et de ce fait ne peuvent jouer aucun rôle dans la propagation de l'espèce. Ils n'ont donc, à priori, aucune place en systématique. Ce sont des insectes de collection ayant tout de même un intérêt scientifique indéniable puisqu'ils permettent d'observer la morphologie qu'aurait un véritable mâle chez cette espèce s'il existait. Jusqu'à présent, le seul gynandromorphe donnant une idée à peu près exacte de ce que devrait être ce fameux "mâle" de Clonopsis gallica est celui de Bérenguier trouvé en 1909.

    Trois nouveaux gynandromorphes Toulousains

    Les trois gynandromorphes suivants ont été capturés dans la région Toulousaine (Haute Garonne), le premier le 05 juillet 1987 sur ronce à Castanet Tolosan et les deux autres à Escalquens le même jour, le 03 juillet 1993, au même endroit, eux aussi sur ronce. La découverte de tels spécimens est toujours liée au hasard. Pour trouver ces trois spécimens, plusieurs milliers de femelles de Clonopsis gallica ont été observées, le premier, a été trouvé en plein jour à l'aide d'un parapluie japonais, alors que les deux autres furent découverts lors d'une chasse nocturne à la lampe frontale en compagnie de Guy Garnier et de Frédéric Langlois. Vu la rareté d'une telle découverte, il convenait de décrire ces trois spécimens.

    1) Le gynandromorphe de Castanet Tolosan (1987)

    Adulte bien que de petite taille, 47,0 mm (tableau n° II). Corps fin cylindrique de couleur brun clair. Tête à bords parallèles avec 2 bandes longitudinales et parallèles de chaque côté de la tête à la hauteur des yeux. Antennes courtes à 12 articles, le premier large et long, le second petit et transversal, le 3ème allongé trois fois plus long que le second, les 4ème et 5ème plus court, le 6ème un peu plus long, les 7ème, 8ème, 9ème, 10ème et 11ème de plus en plus petits, le 12ème très allongé et terminé en pointe obtuse, celui de l'antenne droite plus pointu. Pronotum parfaitement lisse avec une ligne noire bien délimitée longitudinale et médiane. Mésonotum asymétrique tordu sur la droite, le côté gauche plus long, avec une ligne vert sombre longitudinale et médiane sur les 2/3 antérieurs et avec, sur le côté droit, une ligne rouge orangée fine longitudinale sur 1/3 de longueur au centre du segment, sur la face dorsale au milieu sur un quart de la longueur une zone granuleuse plus claire ainsi que sur tout le côté gauche et vers l'arrière du côté droit. Métanotum symétrique avec une ligne fauve longitudinale médiane sur toute la longueur et sur le côté gauche une ligne rouge longitudinale sur les 2/3 antérieur de la longueur, le côté droit très granuleux, les pleures latérales sont brun sombre. Mésosternum avec une ligne verdâtre diffuse longitudinale et médiane, sur le côté droit une ligne rouge longitudinale très fine sur le quart arrière de la longueur et avec des petites zones granuleuses sur presque toute la longueur du côté gauche. Métasternum lisse avec une ligne rouge de chaque côté et une ligne verdâtre au centre. Hanches antérieures avec une tache noire sur la surface postérieure. Les deux fémurs antérieurs inermes, les intermédiaires et postérieurs portant une dent sur chacune des deux carènes latérales inférieures à l'apex. La patte postérieure droite est absente. Segments abdominaux dorsaux très légèrement carénés au milieu, 10ème tergite fortement échancré à l'apex et prolongé par deux lobes asymétriques, le gauche plus long que le droit. Vomer pratiquement invisible et très rudimentaire. 9ème sternite avec une plaque sous génitale pratiquement plate divisée dans le sens de la longueur en deux parties, la droite plus importante que la gauche. 8ème sternite fortement déformé avec de chaque côté un petit lobe, celui du côté droit long de 1 mm, ce sont certainement des rudiments de l'appareil génital femelle. Cerque gauche long, fin et cylindrique, arrondi à l'extrémité, le droit plus court, trapu, conique et pointu à l'extrémité (ressemblant à celui d'une femelle). Il s'agit d'un gynandromorphe en mosaïque.

    2) Le gynandromorphe d'Escalquens (1993) : Individu "A"

    Adulte de 56,1 mm de longueur (tableau n° II). Corps fin cylindrique de couleur brun sombre. Tête à bords parallèles avec 2 bandes longitudinales et parallèles de chaque côté de la tête à la hauteur des yeux. Les deux antennes courtes, identiques, à 12 articles, le premier large et long, le second petit et transversal, le troisième allongé trois fois plus long que le second, les 4ème et 5ème plus courts, le 6ème un peu plus long, les 7ème, 8ème, 9ème, 10ème et 11ème de plus en plus petits, le 12ème très allongé et terminé en pointe obtuse. Pronotum parfaitement lisse avec une large ligne noire longitudinale et médiane. Mésonotum parfaitement symétrique, avec une large ligne vert sombre longitudinale et médiane sur les 2/3 antérieurs et avec sur chaque côté une ligne rouge fine longitudinale bien délimitée sur 1/3 de la longueur au centre du segment, les bordures du segment sont blanches. Métanotum symétrique avec les mêmes lignes et bordures que sur le mésonotum mais avec une petite zone granuleuse dans la partie avant gauche, les pleures latérales sont brun-sombre. Mésosternum et métasternum tout deux lisses avec les mêmes lignes et la même disposition que sur les tergites précédents. Hanches antérieures avec une tache noire sur la surface postérieure. Les deux fémurs antérieurs inermes, les intermédiaires avec une dent sur chacune des deux carènes latérales inférieures à l'apex et une très petite à peine visible en arrière, les postérieurs portant uniquement une dent sur chacune des deux carènes latérales inférieures à l'apex. Segments abdominaux à peine carénés au milieu sur la face dorsale, 10ème tergite fortement échancré à l'apex sur le tiers inférieur et prolongé par deux lobes symétriques terminés en pointe obtuse du côté extérieur. Vomer petit et bien formé. 9ème sternite avec une plaque sous génitale très bombée, symétrique et divisée dans le sens de la longueur en deux moitiés égales. 8ème sternite parfaitement lisse sans aucune excroissance. Les 2 cerques longs, fins, cylindriques, identiques, légèrement incurvés vers l'intérieur et arrondis à l'extrémité. Ce gynandromorphe a l'apparence d'un mâle parfait mise à part la petite zone granuleuse sur le métanotum.

    3) Le gynandromorphe d'Escalquens (1993) : Individu "B"

    Adulte de 59,2 mm de longueur (tableau n° II). Corps fin cylindrique de couleur brune. Tête à bords parallèles avec 2 bandes longitudinales et parallèles de chaque côté de la tête à la hauteur des yeux. Les deux antennes identiques, courtes, à 12 articles, le premier large et long, le second petit et transversal, le 3ème allongé trois fois plus long que le second, les 4ème et 5ème plus courts, le 6ème un peu plus long, les 7ème, 8ème, 9ème, 10ème et 11ème de plus en plus petits, le 12ème très allongé et terminé en pointe obtuse. Pronotum lisse avec une ligne noire fine longitudinale et médiane avec une petite zone granuleuse au milieu légèrement sur la gauche. Mésonotum légèrement asymétrique tordu sur la droite, le côté gauche légèrement plus long, avec une large ligne vert sombre longitudinale et médiane sur les 2/3 antérieurs et avec de chaque côté une ligne rouge longitudinale très nette sur les 2/3 antérieurs, bordures du segment blanches surtout vers l'arrière, quart arrière gauche avec une zone granuleuse plus claire. Métanotum symétrique avec les mêmes lignes et bordures que sur le mésonotum, mais présence de très nombreuses zones granuleuses dont notamment tout le quart avant gauche, les pleures latérales sont brunes. Mésosternum symétrique, avec les mêmes lignes que le mésonotum, lisse sauf une zone granuleuse sur le quart avant gauche. Métasternum lisse avec une ligne rouge de chaque côté et une ligne verdâtre au centre, une zone granuleuse très étroite, médiane et antérieure. Hanches antérieures avec une tache noire sur la surface postérieure. Les deux fémurs antérieurs inermes, les intermédiaires et postérieurs portant une petite dent sur chacune des deux carènes latérales inférieures vers l'apex. Segments abdominaux très légèrement carénés au milieu sur la face dorsale, segment médian granuleux, moitié droite du tergite du 2ème segment granuleuse, ainsi que la moitié gauche des tergites des 3ème et 4ème segments. 6ème tergite abdominal avec une petite zone granuleuse médiane en arrière. 10ème tergite nettement caréné, fortement échancré à l'apex et prolongé par deux lobes asymétriques, le gauche bien développé terminé en pointe à l'extérieur, le droit court et arrondi. Vomer à peine visible. 9ème sternite avec une plaque sous génitale presque plate juste divisée dans le sens de la longueur sur le quart arrière. 8ème sternite légèrement déformé du côté gauche, mais aucune structure femelle visible. Cerque gauche long, fin et cylindrique, arrondi à l'extrémité, le droit court, trapu, conique et terminé en pointe. De part la répartition des zones femelles et mâles, cet individu est aussi un gynandromorphe en mosaïque.

    Conclusion

    Les lignes rouges et vertes sont tout à fait caractéristiques des gynandromorphes chez cette espèce. Ce caractère se retrouve aussi chez les gynandromorphes de Carausius morosus. Parfois chez des espèces sexuées, par exemple chez le Ramulus sp. P.S.G. n° 141, on retrouve aussi ces lignes vertes et rouges chez les mâles (ceux-ci étant de véritables mâles tout à fait fonctionnels). Par contre, chez le genre Bacillus pourtant très voisin du genre Clonopsis, les mâles véritables de Bacillus rossius catalauniae Nascetti & Bullini, 1983 (sous-espèce espagnole) ne présentent pas ce type de bandes colorées sur les thorax.

    Une telle découverte est exceptionnelle. Dans la région Toulousaine, il n'ont été trouvés que deux fois en six ans à raison de plusieurs centaines d'observations chaque année (en moyenne entre 300 et 500). De plus, le fait d'avoir trouvé deux gynandromorphes le même jour, sur le même buisson, est absolument extraordinaire. Ceci suggère qu'ils aient été pondus par la même femelle, celle-ci ayant certainement eut un problème génétique. Dans ce cas, il sera intéressant de rechercher de nouveau d'autres individus l'année prochaine sur le même site. Car, chez cette espèce les œufs peuvent éclore deux, voire trois ans, après la ponte, il se peut qu'il y ait encore des œufs vivants de gynandromorphes sur ce site. On sait qu'un incident climatique (élévation de la température par exemple) peut provoquer l'apparition de gynandromorphes (effectivement, chez Carausius morosus (Sinéty, 1901), une élévation de la température pendant le premier tiers de l'incubation des œufs peut provoquer l'apparition massive de gynandromorphes). Dans le cas présent, le problème climatique est à écarter, car il y aurait beaucoup plus d'individus "mâles" sur le site, tous les œufs en incubation dans ce massif auraient subi cette modification. Le taux de gynandromorphes plus ou moins parfaits serait alors beaucoup plus important. Expérimentalement, en élevage dans des conditions volontairement favorables à l'apparition de ces individus chez Carausius morosus, j'ai déjà obtenu plus de 50 % de "mâles". Or, pour cette année sur ce site on a estimé le taux de gynandromorphes à 2 pour environ 300 femelles (année exceptionnelle rappelons-le !).

    Les deux individus capturés cette année ont été placés en élevage avec les quelques femelles qui les entouraient dans la nature. Ceci en espérant qu'il y ait des accouplements et peut-être une fécondation. Bien que ces deux individus aient eût un comportement typiquement mâle, c'est à dire, qu'il étaient très mobiles, ils ont fait plusieurs tentatives d'accouplement, mais malheureusement aucun accouplement réel n'a été observé pendant la période d'élevage (celle-ci dura environ un mois). Tous les œufs ont tout de même été conservés, il reste plus maintenant qu'à attendre les éclosions de l'année prochaine, mais c'est sans espoir. A priori, comme les deux "mâles" présentent des caractères secondaires femelles, ils sont très certainement stériles, mais sait-on jamais !

    Les trois exemplaires sont maintenant en collection, ceux nommés Castanet et Escalquens individu "A" sont dans ma collection alors que le spécimen appelé Escalquens individu "B" se trouve actuellement dans la collection de Frédéric Langlois.

    Bibliographie

    Bérenguier, P. (1909a) Capture du véritable mâle de Bacillus gallicus Charp. (Orth.). Bull. Soc. ent. France, p. 73-75.
    Bérenguier, P. (1909b) Nouvelle capture d'un mâle typique de Bacillus gallicus Charp. (Orth. Phasmidae). Bull. Soc. ent. France, p. 234.
    Bérenguier, P. (1909c) Notes Orthoptèrologiques VIII, Bacillus gallicus Charp.. Bull. Soc. Et. Sci. Nat. Nîmes, p. 44-62.
    Bérenguier, P. (1910) Notes Orthoptèrologiques (Suite), XI, Bacillus gallicus Charp., Elevage 1910. Bull. Soc. Et. Sci. Nat. Nîmes, p. 76-84 (paru en 1911).
    Bolivar, I. (1876) Sinopsis de los Ortopteros de España y Portugal. Madrid, p. 68-70.
    Brunner von Wattenwyl, K. (1882) Prodromus der Europaïschen Orthopteren. Leipzig. p. 76.
    Brunner von Wattenwyl, K. und Redtenbacher, J. (1906-1908) Die Insektenfamilie der Phasmiden. Verlag Engelmann. p. 35.
    Cappe De Baillon, P. et De Vichet, G. (1935) Le mâle de Clonopsis gallica (Orthopt. Phasmatidae). Ann. Soc. ent. France 104, p. 259-273.
    Chopard, L. (1918) Note sur un individu hermaphrodite de Clonopsis gallica (Charp.) (Orth. Phasmidae). Bull. Soc. zool. France XLIII, p. 168-174.
    Chopard, L. (1920) A propos des mâles de Bacilles de la collection Bérenguier (Orth. Phasmidae). Bull. Soc. ent. France, p. 232-233.
    Finot, A. (1889) Faune de France. Insectes Orthoptères. p. 94-95.
    Finot, A. (1895) Faune de l'Algérie et de la Tunisie. Insectes Orthoptères. Ann. Soc. ent. France LXIV, p. 117-118.
    Pantel, J. (1890) Notes orthptérologiques II. Ann. Soc. esp. Hist. Nat. IX, p. 393-394.
    Pantel, J. et De Sinéty, R. (1908) Sur l'apparition de mâles et d'hermaphrodites dans les pontes parthénogénétiques des Phasmes. C. R. Ac. Sci. 147, p. 1 358.

    photo n° 1 : gynandromorphe de Castanet Tolosan (1987),

    photo n° 2 : gynandromorphe d'Escalquens (1993) "A",

    photo n° 3 : gynandromorphe d'Escalquens (1993) "B".

    photos n° 4, 5, 6, 7, 8 et 9 : thorax et tête : 4 profil d'une femelle de Clonopsis gallica, 5 idem vue du dessus, 6 profil du gynandromorphe de Castanet Tolosan, 7 Escalquens (1993) "A" vue du dessus, 8 profil de Escalquens (1993) "A", 9 Escalquens (1993) "B" vue du dessus

    photos n° 10, derniers segments abdominaux, vues de dessus
    a : femelle, b : Castanet Tolosan, c : Escalquens "A", d : idem vivant, e : Escalquens "B"

    photos n° 11, derniers segments abdominaux, vues de dessous
    a : femelle, b : Castanet Tolosan, c : Escalquens "A", d : idem vivant, e : Escalquens "B"

    Annexes

    Tableau n° I : Biométrie des différents gynandromorphes déjà décrits.

     

    numéro et origine du phasme

    Longueur (mm)

    3ème Finot

    4ème Delval

    5ème Bérenguier (1908)

    6ème Bérenguier (1909)

    7ème
    De Vichet

    corps (sans antenne)

    55,0

    61,0

    52,0

    54,0

    51,6

    antennes(nbr. articles)

    3,0 (12)

    5,0 (12)

    5,0 (12)

    5,5 (12)

    6,0 (12)

    mésonotum

    -

    10,7

    10,2

    9,7

    9,6

    métanotum
    + segment médian

    -

    12,0

    11,5

    10,3

    10,0

    segment médian

    -

    1,5

    1,6

    1,6

    1,7

    fémurs antérieurs

    18,0

    19,5

    19,0

    17,2

    17,3

    fémurs médians

    12,0

    12,5

    12,0

    11,5

    12,0

    fémurs postérieurs

    16,0

    15,5

    17,0

    14,5

    15,1

    segments VIII-X

    -

    7,5

    6,7

    6,5

    6,5

    Tableau n°II : Biométrie des trois nouveaux gynandromorphes.

     

    origine du phasme

    longueur (mm)

    Castanet

    Escalquens
    "A"

    Escalquens
    "B"

    corps (sans antenne)

    47,0

    56,1

    59,2

    tête

    2,2

    2,5

    2,8

    antennes (nbr. articles)

    4,9 (12)

    4,7 (12)

    5,3 (12)

    pronotum

    2,0

    2,2

    2,0

    Mésonotum

    8,4

    9,8

    10,9

    Métanotum

    8,3

    9,0

    10,1

    Métanotum
    + segment médian

    9,6

    10,6

    11,8

    Segment médian

    1,3

    1,6

    1,7

    Abdomen

    25,9

    32,6

    33,4

    tibias antérieurs

    18,1

    21,5

    23,5

    tibias médians

    10,0

    11,1

    12,7

    tibias postérieurs

    14,6

    16,2

    18,7

    fémurs antérieurs

    16,8

    18,7

    21,1

    fémurs médians

    10,9

    11,6

    13,0

    fémurs postérieurs

    13,5

    15,0

    17,6

    segments VIII-X

    6,7

    7,8

    8,0

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