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Le Monde Des Phasmes (1994) n° 27-28 p. 3-9.
Le Monde Des Phasmes (1994) n° 27-28 p. 23-28.
(ISSN 1152-9911)

Article initialement publié en deux parties, réunies ici.

Etude in situ de la mobilité du phasme Clonopsis gallica (Charpentier, 1825)

Guy Garnier*, Frédéric Langlois** et Philippe Lelong***

* Le Mouy CD 57, 31130 BALMA, FRANCE
** 8, Route de St Loup Cammas, 31320 PECHBONNIEU, FRANCE

*** Le Ferradou n° 3, 31570 SAINTE FOY D'AIGREFEUILLE, FRANCE

 

Introduction

Une certaine incertitude règne lorsque l'on évoque les facultés de déplacement chez les phasmes. Des personnes pensent qu'ils peuvent parcourir des distances assez grandes, alors que d'autres admettent que ce sont des insectes pratiquement immobiles. On constate en élevage que les espèces françaises sont peu mobiles, mais nous ignorons totalement leur comportement en liberté.
Afin de mettre fin aux rumeurs, nous avons décidé de vérifier expérimentalement, "in situ", ces déplacements. Nous avons donc mené une étude sur Clonopsis gallica sauvage dans son habitat naturel.
Cette étude se déroule sur deux années successives, la première a été consacrée à l'étude de la mobilité horizontale et la seconde à l'étude de la mobilité verticale. Cet article est composé de deux parties traitant respectivement la mobilité dans ces deux axes.

Sommaire

A - Etude de la mobilité horizontale

I) Matériel et méthode

1 Matériel
2 Choix et description du site
3 Mise en place des repères de mesure
4 Marquage des phasmes
5 Mesure du déplacement horizontal

II) Résultats et interprétations

1 Nombre d'individus retrouvés
2 Le déplacement horizontal

B - Etude de la mobilité verticale

I) Matériel et méthode

1 Matériel
2 Heures importantes
3 Méthode de mesure du déplacement vertical

II) Résultats et interprétations

1 Nombre d'individus observés
2 Le déplacement vertical

C - Conclusion

A - Etude de la mobilité horizontale

I) Matériel et méthode

1 Matériel

Pour cette étude nous avons utilisé :

¬ dix piquets en bois numérotés de 0 à 10
¬ une bombe de peinture
¬ un décamètre
¬ une cage grillagée
¬ des pastilles apicoles d'environ 2 mm de diamètre de couleur verte et numérotées de 1 à 99
¬ un tube de colle apicole
¬ une pince coudée
¬ une lampe frontale par personne

2 Choix et description du site

La fin du mois de mai 1993 nous a occupé à rechercher un site correct pour réaliser cette étude. Il s'agissait de trouver une haie relativement longue, bien exposée, d'un accès facile et, surtout, bien peuplée en Clonopsis gallica. Les recherches sont effectuées au sud-est de Toulouse. Après quelques repérages de nuit, notre choix s'est porté sur une grande haie composée à peu près de un tiers de ronces (Rubus sp.) et de deux tiers de prunelliers (Prunus spinosa) orientée E-N-E (est-nord-est) et O-S-O (ouest-sud-ouest) ou 60°-240° par rapport au nord (figures n° 1 et 2).
Cette haie est située sur la commune d'Escalquens (longitude 1°32'30" E et latitude 43°31'25" N). Elle mesure près de 300 m de longueur pour une largeur comprise entre 1 et 2 mètres. Elle est constituée principalement de ronces sur les 100 premiers mètres du côté est-nord-est et uniquement de prunelliers sur les 180 derniers mètres du côté ouest-sud-ouest, la zone intermédiaire est composée d'un mélange des deux plantes. Cette haie est bordée du côté nord par un chemin en partie bitumé longé par un fossé sec peu profond et de l'autre côté par un champ en friche fraîchement coupé juste avant les mesures (ces conditions furent identiques lors des deux années d'observations). La hauteur de la haie varie beaucoup entre 4 mètres et 1 mètre avec une hauteur moyenne de 2,3 mètres (voir figure n° 1). Les derniers 180 mètres du côté ouest-sud-ouest contiennent très peu de phasmes et ne sont donc pas pris en compte dans cette étude, notamment pour le calcul de la hauteur moyenne de la haie.

Figure n° 1 : Profil schématique des 150 premiers mètres de la haie étudiée

3 Mise en place des repères de mesure

Deux semaines avant le début de l'étude, la haie a été balisée par des repères numérotés afin de faciliter les mesures des distances lors de l'étude de nuit. Cette opération consiste à planter du côté champ des piquets numérotés tous les 20 mètres, les distances étant mesurées à l'aide d'un décamètre. Les piquets une fois plantés dans le sol sont peints à leur sommet avec un peu de peinture, afin de mieux les repérer de nuit. Du côté chemin les mêmes mesures sont réalisées mais les piquets sont remplacés par des marques peintes sur le chemin (voir figure n° 2).

Figure n° 2 : Vue schématique de la haie indiquant son orientation et la position des piquets ainsi que des repères peints.

4 Marquage des phasmes

Le soir du 02 juillet 1993 fut consacré au marquage des phasmes. Il s'agissait de capturer de nuit une centaine d'insectes, de les installer dans une grande cage grillagée, puis de leur coller une pastille numérotée sur le mésothorax. Le collage de la pastille est délicat (car il ne faut pas blesser les phasmes), l'opération consiste à placer le phasme sur la face ventrale, puis de lui placer une petite goutte de colle sur le mésothorax, puis, à l'aide d'une pince courbe, de mettre la pastille numérotée sur la goutte et, enfin, d'appuyer délicatement pour parfaire l'adhésion (figure n° 3). Les individus marqués sont replacés dans la cage le temps nécessaire pour laisser sécher la colle (environ 15 à 30 minutes). La colle utilisée ici ainsi que les pastilles sont normalement utilisées en apiculture pour le repérage des reines. Il va de soi que cette colle n'est pas toxique. Les pastilles ont été choisies de couleur verte afin de minimiser les risques de repérage des phasmes (surtout vis à vis des prédateurs : une pastille fluorescente ou de couleur très vive n'aurait certainement pas été favorable à leur survie). Le lâché des insectes marqués a été effectué soit par petits groupes de 5 ou 6 individus à des emplacements déterminés (correspondants aux repères), soit individuellement de façon aléatoire. Au moment de remettre les phasmes dans leur milieu naturel, le numéro ainsi que la position ont été notés soigneusement. Au total 90 phasmes ont été marqués, puis relâchés.

Figure n° 3 : Position de la pastille numérotée.

5 Mesure du déplacement horizontal

Il s'agit dans un premier temps de retrouver les individus marqués, de nuit, à la lueur d'une lampe frontale. Puis, dès qu'un insecte marqué est retrouvé, sa nouvelle position est relevée et l'insecte est laissé à sa place. Trois séries de mesures ont été réalisées :

- le 03/07/93 soit 1 jour après le marquage
- le 09/07/93 soit 7 jours après (une semaine)
- le 30/07/93 soit 29 jours après (1 mois).

II) Résultats et interprétations

1 Nombre d'individus retrouvés

Le pourcentage d'individus retrouvés au cours de cette expérience nous renseigne doublement (figure n° 4 et tableau n° 1) :

Tableau n° 1 : Nombre de phasmes retrouvés au cours du temps.

Date

Durée

Nombre d'individus marqués

% / 90

% / 54

02/07/93

0 - marquage

90

100,0

-

03/07/93

1 jour

54

60,0

100,0

09/07/93

1 semaine

23

25,6

42,6

30/07/93

1 mois

1

1,1

1,8

Figure n° 4 : Variation du nombre d'individus au cours du temps.

a) La première constatation porte sur le nombre d'individus marqués retrouvés un jour après le marquage. Il n'a été retrouvé que 60 % des phasmes marqués (tableau n° 1). On peut admettre que le nombre d'individus n'a pas réellement changé en un jour. Car, la colle est non toxique, la manipulation des phasmes n'est pas dommageable à leur vitalité et en dernier lieu le nombre d'individus victimes de la prédation doit être très réduit (en un seul jour). Les pastilles sont solidement fixées et ne se sont certainement pas décollées. On peut donc penser que, dans ces conditions expérimentales, on ne "voit" à peu près que la moitié des individus réellement présents. Ceci est confirmé par la présence à J+1 d'un nombre très important d'individus non marqués (à peu près une centaine). Ceci peut s'expliquer par différentes observations faites antérieu-rement. Il y a toujours des individus qui ne sortent pas à la périphérie du massif, certains restent au coeur de celui-ci. De plus à certains endroits la haie est assez haute et épaisse, il est alors difficile de voir la totalité de sa surface. Un autre fait est la difficulté de voir la nuit tous les individus potentiellement "visibles", tout le monde sait que de nuit, on ne voit pas très bien. Seuls, les chasseurs de nuit connaissent bien les difficultés à trouver les phasmes et la rapide fatigue oculaire qui en résulte. Pour ce qui est du taux d'insectes restant au coeur du massif de ronce, nous savons (observations personnelles non publiées) que le nombre d'individus visibles varie énormément avec les conditions météorologiques. Les nuits où le temps est humide (pluie, ...) ou si le vent est fort, nous trouvons toujours très peu de phasmes. Le taux maximal est atteint lors des nuits calmes (pas de vent) suivant les journées chaudes et ensoleillées. Or, les conditions météorologiques du jour suivant le marquage étaient plus propices à l'observation des phasmes que la veille, on ne peut donc pas expliquer cette diminution par cette hypothèse. Ce qui confirme également le fait que tous les phasmes présents ne sont pas visibles. Ainsi le seul individu retrouvé après un mois n'avait jamais été vu lors des recherches intermédiaires.

b) La deuxième observation est la décroissance rapide du nombre d'individus. Une semaine après le premier jour on n'en retrouve que la moitié, là aussi les conditions météorologiques sont bonnes, il s'agit dans ce cas certainement de la diminution réelle du nombre d'individus présents dans le massif. La confirmation de ce phénomène nous est donnée par la diminution dans les mêmes proportions du nombre d'individus non marqués. Nous savons que Clonopsis gallica une fois adulte meurt très rapidement dans la nature, notamment au cours du mois de juillet. Il est effectivement beaucoup plus difficile de trouver des individus au mois d'août qu'au début du mois de juillet. Ce n'est apparemment pas l'âge qui provoque la mort, car des individus maintenus en élevage à la même époque vivent très bien, la mortalité ne survenant alors que dans le courant du mois d'octobre. Les conditions météorologiques ne semblent pas non plus défavorables, bien qu'à l'extérieur la température soit plus élevée et le vieillissement certainement plus rapide. Nous avons aussi observé qu'il semblerait que plus un massif contient de phasmes et plus la mortalité est massive et rapide. Par contre si la densité est faible, on peut, dans la nature, trouver des phasmes jusqu'au mois d'octobre et même novembre, comme dans un élevage (observations personnelles non publiées et Lelong, 1991). Au delà, les conditions météorologiques sont trop rudes pour cette espèce dans la région Toulousaine. La prédation doit être très importante pour cette espèce durant les mois d'été. Pour en revenir à ce massif, la densité des phasmes y est très importante, on a estimé que le nombre de phasmes présents dans la totalité de la haie était, à la fin du mois de juin, de l'ordre de 200 à 300 individus (sur 300 mètres de longueur), avec une densité maximale de l'ordre de 2 à 3 phasmes par mètre linéaire de haie.

2 Le déplacement horizontal

Les résultats sont représentés dans la figure n° 5. On constate en premier lieu que l'amplitude des déplacements est faible. Le déplacement le plus important n'est que de 7,6 mètres (phasme n° 3) avec un déplacement moyen d'une amplitude de 1,9 m. Les phasmes peuvent essentiellement se mouvoir dans le sens de la longueur de la haie, mais il ne parait pas y avoir de préférence nette dans la direction du déplacement. Il y a aussi bien des déplacements vers l'E-N-E que vers l'O-S-O, avec tout de même une légère tendance vers l'E-N-E. Ainsi le déplacement moyen est de 2,0 m vers l'E-N-E et 1,2 m vers
l'O-S-O, la moyenne se situant à 0,9 m vers l'E-N-E. Quelle que soit la position du phasme dans la haie, il n'y a pas non plus de tendance dans le sens du déplacement, ni de variation de l'amplitude de celui-ci. Certains se déplacent dans les deux directions, ils restent apparemment dans un rayon de 4 à 5 mètres, même après un mois. Cette distance, au maximum d'une dizaine de mètres, peut être très rapidement parcourue par le phasme, ainsi certains se sont autant déplacés en un jour, que d'autres en une semaine voir même en un mois.

Les déplacements horizontaux et perpendiculaires à la haie pendant la nuit sont fréquents et sont fonction des conditions météorologiques. Par exemple, s'il y a du vent, on retrouve surtout les phasmes du côté protégé. Il faut savoir que dans le cas présent, le vent dominant vient du sud-est. Ainsi, les nuits ventées les phasmes se trouvent du côté nord et les jours sans vent, ils sont du côté sud, celui le plus ensoleillé et le plus chaud.

Certaines espèces sont plus mobiles que d'autres et notamment chez les espèces sexuées le déplacement des mâles semble beaucoup plus important que celui des femelles (Langlois et Lelong, 1993). D'autres espèces non sexuées ont apparemment aussi une mobilité bien plus importante que celle de Clonopsis gallica, notamment Acanthoxyla inermis Salmon, 1955 (Lee, 1993).

Dans cette étude la mobilité restreinte de l'espèce semble plus liée au hasard du chemin suivi chaque soir pour monter vers la surface de la haie et le soir pour descendre, que liée à un réelle "migration" pour se diriger vers un point précis. La mobilité est en réalité essentiellement dépendante des obstacles rencontrés. Il faut voir que les insectes ne manquent aucunement de nourriture et n'ont de ce fait apparemment aucune raison d'aller plus loin pour trouver de la nourriture. Il y a pas non plus de recherche de partenaire, l'espèce étant parthénogénétique. La seule raison qui "pourrait" pousser ces phasmes à se déplacer pourrait être la conquête de nouveaux sites, afin de limiter la surpopulation mais aussi de disséminer l'espèce. Ce dernier point étant fondamental dans la survie d'une espèce. Mais dans ce cas, le déplacement d'un nombre restreint d'individus est suffisant.

Nous n'avons malheureusement pas trouvé de phasmes ayant parcouru une distance plus importante. Parfois on trouve des phasmes à plus d'une centaine de mètres de la haie la plus proche, il y a donc certainement des individus qui parcourent de grandes distances, mais nous ne connaissons malheureusement pas encore les mécanismes de ce comportement.

Figure n° 5 : Déplacement horizontal de Clonopsis gallica. Les observations sont effectuées après 1 jour, 1 semaine et 1 mois. La moyenne des déplacements est indiquée par une ligne discontinue.

B - Etude de la mobilité verticale

I) Matériel et méthode

1 Matériel

Cette étude ne nécessite que très peu de matériel :

¬ une baguette de 2 mètres de hauteur graduée tous les 5 cm
¬ une lampe frontale par personne

2 Heures importantes

Ces heures ont été obtenues auprès du Bureau des longitudes (par Minitel 3616 BDL) pour la ville de Toulouse. La proximité du site d'observation du centre de la ville de Toulouse (moins de 6' en longitude et en latitude, soit exactement à 11 km) permet de considérer ces heures comme correctes.

Vendredi 08 juillet 1994

coucher du soleil 21h36 (temps zéro)
fin du crépuscule 22h13 (durée = 0,62 h)

Samedi 09 juillet 1994

début de l'aurore 05h46 (durée = 8,17 h)
lever du soleil 06h23 (durée = 8,78 h)
Cette nuit correspond à la nouvelle lune.

3 Méthode de mesure

La hauteur à laquelle les phasmes sont observés est mesurée à l'aide de la baguette graduée sans toucher le phasme. Les mesures sont effectuées par observation directe sans battage ni pulvérisation d'eau afin de ne pas perturber le milieu, ni les insectes. La durée de l'observation elle même est réduite au minimum, elle a été en moyenne de 10 à 15 secondes. Les observations sont faites au hasard des découvertes, les hauteurs sont relevées et notées sur un carnet au fur et à mesure. Nous avons procédé par séries d'observations d'environ une heure correspondant au parcours de la haie (excepté au début et à la fin) entrecoupées par des périodes de repos d'environ une demi-heure. Le début des observations correspond volontairement au l'heure du coucher du soleil et est fixé comme "temps zéro", l'expérience a été poursuivie pendant 9 heures soit juste après le lever du soleil le lendemain matin.

II Résultats et interprétations

1 Nombre de phasmes observés

Le nombre de phasmes observés pendant ces mesures est variable en fonction de l'heure d'observation (voir fig. n° 6). Au départ, au moment du coucher du soleil, aucun phasme n'est visible et ceci pendant environ 20 minutes. Puis, brusquement, le nombre d'individus visibles augmente rapidement pour devenir presque maximal en moins de 40 minutes. Les phasmes viennent de migrer vers la surface du massif de ronce. Cette brusque variation coïncide exactement avec la fin du crépuscule. La nuit est maintenant noire, le nombre de phasmes varie peu. Puis 4 heures plus tard (5h après le départ), vers 02h30 du matin, le nombre de phasmes commence à diminuer régulièrement jusqu'à la complète disparition des insectes. Cette disparition coïncide exactement avec le début de l'aurore soit vers 05h45 du matin. Ensuite, plus un phasme n'est visible, ils sont cachés dans l'épaisseur du massif de ronce.

Figure n° 6 : Variation du nombre de phasmes visibles en fonction du temps écoulé après le coucher du soleil. La recherche a commencé juste au coucher du soleil pour se terminer peu après son lever.

On constate que le nombre de phasmes visibles semble régi par l'arrivée du crépuscule (arrivée de la nuit noire) et par l'arrivée de l'aurore (arrivée du jour). Dès que la lumière du jour baisse les phasmes sortent du massif de ronce. Il leur faut peu de temps pour parcourir depuis le lieu de séjour diurne la courte distance les séparant du lieu de leur repas nocturne. Ce temps est d'une dizaine de minutes environ. Une fois sortis les Clonopsis gallica restent pendant toute la nuit sur le massif, leur nombre reste à peu près constant, ici de l'ordre d'une centaine de phasmes visibles par heure. La diminution est moins brusque que l'augmentation du nombre de phasmes visibles. C'est donc apparemment bien la lumière qui est le facteur influant. Plus que les heures de coucher ou de lever du soleil ce sont les heures du crépuscule et de l'aurore qu'il convient de considérer.

2 Le déplacement vertical

Les résultats sont représentés dans les figures n° 7 et 8. Nos observations personnelles nous ont permis de constater que la hauteur de séjour des insectes durant le jour est d'environ 20 à 30 centimètres. A cette hauteur, ils se tiennent souvent le corps vertical dissimulé parmi les herbes, sans jamais être toutefois au niveau du sol. Contrairement à Leptynia hispanica cette espèce se tient toujours la tête dirigée vers le haut. Il arrive bien sûr parfois de trouver des phasmes à plus d'un mètre de haut pendant la journée, mais ce n'est pas là une situation courante. Ce cas devient fréquent lorsque la plante hôte est très difficilement pénétrable par le phasme. Mais dans la majorité des cas, il est extrêmement difficile de trouver cette espèce le jour. Les recherches ont débuté au coucher du soleil et il a fallut 20 minutes pour trouver le premier insecte. Tout comme pour la variation du nombre de phasmes, la variation en hauteur de ceux-ci a l'allure d'une courbe en cloche (figure n° 6 et 7). On constate tout d'abord que la hauteur des insectes varie rapidement 30 à 40 minutes après le coucher du soleil. Cette variation est très brusque et coïncide exactement avec la fin du crépuscule. Les insectes se répartissent ensuite sur la surface du massif sans pourtant aller jusqu'au sommet, du moins lorsque le massif est très haut. Le massif étudié atteint par endroits 4 mètres, mais aucun phasme n'a été retrouvé aussi haut, l'individu le plus haut était à 2,7 m. Il faut savoir que la surface du massif varie régulièrement entre 1 m et 1,5 m avant de monter rapidement vers le sommet. C'est surtout sur le replat latéral que les phasmes se tiennent. Par contre, si le massif est assez bas, moins de 1,5 à 2 mètres, les insectes se tiennent alors au sommet et surtout sur les fortes tiges arquées. On constate aussi que certains phasmes ne montent presque pas, ils restent vers le bas à environ 70 cm du sol. Ils ne montent pas beaucoup mais viennent tout de même sur la surface du massif en restant sur les tiges basses. Mais ils sont toujours bien dégagés du massif. La hauteur moyenne des phasmes pendant la nuit est d'environ 1,2 m sur ce massif (figure n° 8).

Les phasmes restent, pendant une bonne partie de la nuit, à l'emplacement auquel ils sont parvenus lors du coucher du soleil; Puis, 6 heures après le coucher du soleil (vers 3h30 à 4h00 du matin), ils commencent à descendre, d'abord doucement puis de plus en plus rapidement. La disparition presque complète des phasmes coïncide avec le début de l'aurore où les derniers retardataires redescendent dans les massifs en très peu de temps. Il faut 5 à 10 minutes pour que le phasme regagne le coeur du massif et pour qu'il redevienne "invisible". Les individus n'ayant pas regagné leur cachette après le lever du jour, semblent rester à leur place durant toute la journée selon des observations faites sur d'autres massifs. De même que pour la variation du nombre d'individus, la lumière régit la migration verticale des phasmes. De la cachette diurne, ils deviennent visibles sur la surface des massifs de ronces dès que la lumière disparaît. Le lendemain au retour du jour ils regagnent tous (ou presque) leur cachette près du sol.

Figure n° 7 : Variation en hauteur de la situation du phasme Clonopsis gallica en fonction du temps écoulé depuis le coucher du soleil (temps zéro).

Figure n° 8 : Répartition en hauteur pour la période comprise en 2 et 6,5 heures. On remarque que lorsque l'on ne prend pas en compte les valeurs supérieures à 2 mètres, la hauteur la plus fréquente est de l'ordre de 1,2 mètres.

C - Conclusion

Suite à ces quelques résultats il s'avère que, comme supposé, Clonopsis gallica est effectivement peu mobile aussi bien dans le déplacement vertical que dans le déplacement horizontal. Les individus restent presque toujours au même endroit, ils ne se déplacent que dans un petit rayon de 2,5 mètres, ceci n'étant valable que pour les adultes. Les élevages montrent que la mobilité est beaucoup plus importante lors des deux premiers stades. De plus, il arrive de trouver des phasmes adultes à plusieurs centaines de mètres de la première haie. Il doit donc bien y avoir des individus plus mobiles que la moyenne. Mais nous n'avons pas eu la chance de rencontrer de tels individus pendant les expériences sur le déplacement horizontal. De toute façon il doit exister un processus de dissémination comme chez beaucoup d'espèces (que ce soit par des facultés de déplacement (vol, marche, ...); ou par la dispersion des oeufs (projection, transport par les fourmis, ...). Car cette dissémination est vitale pour la survie de l'espèce. En effet, si le biotope vient à être détruit (incendie, arrachage de la haie, pesticides, inondation, ...) et que la colonie n'a pu se disperser, c'est à terme l'espèce qui est amenée à disparaître.

Peut-être est-ce les jeunes Clonopsis qui sont poussés à se déplacer dans la nature pour conquérir de nouveaux territoires ? De semblables expériences sur ces insectes au premier stade s'avèrent nécessaires, même si la technique de marquage est délicate sur d'aussi petits animaux ayant encore le besoin de muer. Nous recherchons actuellement une technique nous permettant de suivre les jeunes dans leurs déplacements jusqu'au stade adulte. Mais nous ne savons pas encore comment marquer des insectes effectuant de nombreuses mues. Il faut qu'ils restent marqués même après leurs mues !!! Il est aussi nécessaire que le marquage tienne pendant près de quatre mois.

Les phasmes cachés au coeur d'un massif de ronce sont bien plus protégés des prédateurs que s'ils restaient bien en vue sur le massif. Ceci rajouté au mimétisme très prononcé de ces insectes, ils restent pratiquement introuvables le jour.

Ainsi, pour étudier Clonopsis gallica, il faut observer ces insectes entre 22h30 et 04h00 (ceci vers fin juin), car les chances de rencontrer ce phasme varient beaucoup en fonction de l'heure. Nous les observons entre 23h00 et 01h00. Avant, c'est perdre son temps et au-delà il devient difficile d'être vigilant, la fatigue n'aidant pas ! De jour il faut plusieurs heures pour trouver un phasme alors qu'il ne faut que quelques minutes la nuit (lorsqu'ils sont présents !).

Si vous ne pouvez pas rechercher de nuit cette espèce, nous vous conseillons de le faire par le moyen nous paraissant le plus simple. Il suffit de pulvériser de l'eau à une trentaine de centimètres du sol parmi les herbes sèches au pied des massifs de ronce. Le nombre de phasmes ainsi trouvé reste toujours très réduit comparativement aux résultats obtenus de nuit.

Pour l'instant ces expériences n'ont qu'une valeur d'exemple et ne concernent que Clonopsis gallica. D'autres mesures in situ sont encore nécessaires pour parfaire ces observations. Afin de consolider les résultats précédants et pour approfondir encore nos connaissances sur les phasmes il convient de faire de nouvelles observations sur la mobilité en augmentant la fréquence des observations pour un même marquage. Ce type d'expériences pourrait être effectué avec d'autres espèces et ainsi nous pourrons peut-être généraliser les conclusions.

Il faut se rendre compte que chaque expérience est un travail considérable et il n'est pas facile de renouveler et de multiplier ce type d'observations. De plus la période pendant laquelle ces phasmes sont observables à l'état adulte est relativement courte (environ un mois).

Nous arriverons peut être un jour à comprendre un peu mieux ces insectes.

Références

Langlois, F., Lelong, P. (1993) Observations sur Bacillus rossius catalauniae Nascetti & Bullini, 1983. Le Monde Des Phasmes 24, p. 3-8.
Lee, M. (1993) Etude de Acanthoxyla inermis à Port Gaverne et Port Isaac en Cornouaille. Le Monde Des Phasmes 23, p. 3-9.
Lelong ,P. (1991) Ils sont encore là ! Le Monde Des Phasmes 15-16, p. 9.

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